Chercher une recette en ligne : ce que les algorithmes ne savent pas encore faire

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Chercher une recette en ligne : ce que les algorithmes ne savent pas encore faire

On tape « poulet yassa » dans la barre de recherche. Dix secondes plus tard, on a des centaines de résultats, des photos calibrées, des temps de cuisson calculés au gramme près. Et pourtant, je rate mon yassa une fois sur deux. Pas vous ?

Le problème ne vient pas du web. Il vient de ce qu’on lui demande. Un moteur de recherche compare des mots, il ne goûte rien. Alors quand je veux comprendre pourquoi ma sauce manque de profondeur, je finis souvent sur cuisinefrancophone.com, un magazine qui traite la cuisine francophone comme un patrimoine vivant : France, Belgique, Suisse, Québec, Afrique. Le genre de site où la recette de tchèp n’est pas noyée entre deux pubs pour des robots pâtissiers.

Cette différence, je l’ai mesurée à ma façon.

Une requête, quatre traditions, zéro résultat pertinent

J’ai passé trois semaines à tester les recettes de mon enfance en ligne — beignets, plats mijotés, galettes — avec un carnet et un chrono. Chiffre qui m’a scié : sur 40 recettes trouvées via les grands moteurs, 27 provenaient de sites qui se contentaient de recopier la même source anglo-saxonne, souvent mal traduite. « Mijoter à feu doux » devenait « cuire à feu moyen ». Le piment, lui, disparaissait purement et simplement de la liste d’ingrédients.

Voilà le vrai angle mort : la cuisine francophone est immense, mais elle se retrouve fragmentée en mille articles SEO interchangeables. Un moteur ne sait pas que « sauce tomate » veut dire quatre choses différentes selon qu’on est à Casablanca, à Montréal ou à Liège.

Ce qu’un moteur ne peut pas comparer

Un peu de contexte technique, sans faire de la soupe. Les moteurs de recherche classent les pages selon leur proximité avec la requête, leur autorité et des signaux d’usage — clics, temps passé, rebond. Le contenu culinaire s’y prête très mal parce que la valeur d’une recette ne se lit pas dans le texte. Elle se vérifie à la casserole.

Les modèles de langage ont ajouté une couche. Ils résument, ils reformulent, ils inventent parfois des proportions plausibles mais fausses. Une IA vous écrira sans broncher qu’un couscous se prépare en 25 minutes. J’ai essayé. J’en parle encore.

Là où le numérique reste imbattable, c’est sur autre chose : la recherche par ingrédient disponible. Taper « j’ai du potiron, du gingembre et du lait de coco » et voir remonter des recettes sénégalaises, haïtiennes ou antillaises, aucun livre papier ne le fait à cette vitesse. C’est là que le web gagne. Pas sur la transmission du geste.

Les sites éditoriaux résistent mieux qu’on ne le croit

On nous répète que les blogs indépendants meurent, mangés par les géants et les réponses générées automatiquement. Mon carnet de tests raconte une histoire plus nuancée. Les pages qui s’en sortent sont celles qui apportent une information introuvable ailleurs : une variante régionale, le nom local d’un ingrédient, une habitude de cuisson héritée d’une grand-mère.

Un site comme cuisinefrancophone.com tient sur cette promesse et pas sur du volume.

Le contenu culinaire francophone a un avantage que peu de domaines possèdent : il est oral à l’origine. Les recettes se transmettaient en parlant, en montrant, en rataant aussi. Le web a traduit ça en texte, pas toujours avec bonheur. Les meilleurs sites font l’inverse : ils écrivent comme on parle en cuisine, avec des hésitations, des « à peu près », des fourchettes de quantité.

Comment je m’en sers concrètement

Ma méthode tient en trois réflexes, et aucun ne demande d’apprendre à coder.

  • Je cherche d’abord le nom dans sa langue d’origine, jamais la traduction française. « Poulet DG », pas « poulet directeur général ».
  • Je vérifie que la page cite une origine géographique précise, même approximative.
  • Je zappe les sites qui publient une photo générique par recette — signe presque certain d’un contenu recopié.

Résultat sur mon dernier test : les recettes issues de pages éditoriales ont fonctionné six fois sur dix du premier coup. Les autres, deux fois sur dix. Ça ne prouve rien scientifiquement. Ça m’a quand même fait gagner deux dimanches.

L’erreur qu’on fait tous avec les outils

On demande au numérique de remplacer le savoir-faire. C’est une mauvaise affaire. Un algorithme peut trier, comparer, retrouver une page perdue ; il ne peut pas sentir quand une pâte a assez reposé. Je trouve même que les applis de cuisine, avec leurs minuteurs et leurs étapes guidées, ont rendu certains cuisiniers plus passifs. On suit, on ne comprend plus.

Le bon usage est plus modeste. On s’en sert pour trouver, recouper, comparer des versions. La décision finale, elle, se prend devant le four.

Un dernier détail, et il compte. La cuisine francophone circule mal sur le web parce qu’elle s’écrit peu en ligne et se filme encore moins. Chaque recette publiée sérieusement est une petite archive. Ce n’est pas un argument nostalgique : c’est une question de conservation. Les moteurs changent de formule tous les deux ans ; une recette bien documentée, elle, reste lisible dans dix ans.